Penser la musique pour mieux la vivre ? Bienvenue au Colloque « Ars Musica » des 21 et 22 mars 2012…

Je profiterai de cette nouvelle page pour paraphraser mon propre texte d’introduction que vous retrouverez dans la brochure du Festival 2012, document qui sera disponible  d’ici peu. Et oui, rendez-vous est donné le 31 de ce mois pour la conférence de presse de présentation de cet « Altra Cosa », cette « autre cause » – à moins que ce ne soit une « autre chose » – qui nous parlera de ce rapport à l’autre, une dimension extrêmement présente dans nos interrogations d’hommes du XXIe siècle.  Cette question trouvera évidemment son prolongement dans la programmation, à la fois multiple et subjective, de la prochaine édition d’Ars Musica.  Car se confronter à l’altérité, c’est se donner la liberté de la découverte d’un ailleurs insoupçonné, stimulée par une musique qui parle au cœur et à l’âme de ceux qui désirent autre chose qu’un simple divertissement. C’est militer pour d’autres choix que ceux de la consommation culturelle massive. Mais si la musique est une fête de la perception, ce serait dommage de ne s’en tenir qu’à sa dimension hédoniste, d’autant plus que l’événement s’inscrit dans un Festival censé réfléchir sur la création contemporaine. Oui, l’écoute musicale est un témoin révélateur de notre état du monde et de nous-même. Un plaisir de la découverte à l’occasion de fenêtres subjectives ouvertes par les créateurs (histoire de faire un petit clin d’oeil à Léonard de Vinci). Mais poser quelques jalons intellectuels me semble conforter un apport sensible non négligeable à notre écoute, afin de stimuler notre prise de position, de titiller notre faculté d’émettre une pensée critique, celle-là même qui me semble si souvent absente en ce début de siècle.

Leonard de Vinci – Bacchus (détail)

Alors, si Musiques il y aura de manière intense, place sera faite aussi à la réflexion, à la rencontre entre penseurs et artistes, qui nous proposera un complément d’informations sur la création actuelle. C’est la raison pour laquelle j’ai mis sur pied un colloque qui se tiendra les 21 et 22 mars prochain dans le cadre prestigieux de l’Académie Royale de Belgique. Subjectivité oblige, j’ai désiré mettre cette manifestation sous l’égide d’un de mes mentors, l’une des personnes qui m’a le plus bouleversé lorsque j’étais étudiant au Conservatoire Royal de Liège : Célestin Deliège. Ce sera donc un vibrant hommage qui sera rendu à ce brillant musicologue, ami des Pousseur et autre Boulez,  disparu récemment et encore si présent dans nos mémoires. La dédicace est d’autant plus appropriée que le personnage passionnait ou agaçait avec ces prises de positions radicales. Je me souviens de grandes discussions où nous nous échangions de multiples idées excitantes sur des problématiques compositionnelles, où nous nous querellions aussi, à propos de positions esthétiques – et je me souviens de son exaspération face à mon intérêt pour les musiques répétitives américaines ou les méandres planantes de certaines musiques méditatives des pays de l’Est. Mais l’argumentation qu’il déployait se révélait à chaque fois magnifique. On pouvait ne pas être d’accord avec lui, mais il forçait l’admiration par cette manière d’inciter d’abord à réfléchir et à rechercher dans le labyrinthe des connaissances les arguments qui posaient avec subtilité notre point de vue, quelque soit son orientation. La leçon fut magnifique. Certes l’homme fut radical dans ses réflexions, ses positions que je ne partageais pas toujours. Cependant, la nouveauté l’intéressait en permanence et l’histoire a peut-être eu tort de le cantonner exclusivement dans l’orée Darmstadtienne et de la musique d’après-guerre. Son assiduité au festival jusqu’à la fin de sa vie, ses grands coups de gueule (Ah, ces grands conflits ouverts et publics avec Harry Halbreich, autre sommité, tout aussi « grand personnage » haut en couleur !!!) démontraient son intérêt pour la Musique avec un grand M, et de la volonté de comprendre son implication sonore dans la cité actuelle.

Je visionnais hier, en privé, un film réalisé par Guy-Marc Hinant et Dominique Lohlé, un documentaire sur le personnage qui nous pourrions découvrir en périphérie de ce colloque. Ecce Homo. Le penseur révèle sa superbe malgré son grand âge, mais aussi pessimiste, annonçant dans la foulée d’Hegel la « fin de l’Art ». Ce « déclin », selon lui (et j’agrée dans ce sens) trouve son origine dans notre société « démocratique » (critiquée intelligemment par Deliège, nous ramenant ainsi aux critiques platoniciennes) qui, sous la pression de l’effet de masse, l’attire dans les limbes du spectaculaire. Le constat est lucide mais non pas dénué de fondement. Personnellement, je serai plus optimiste en me disant qu’après la mort de l’Art naîtront de nouveaux concepts à la hauteur de l’imaginaire humain, toujours en recherche de nouvelles solutions. Finalement, l’Art Occidental est une invention récente dans l’histoire de l’humanité. Au Phénix de renaître selon les nouvelles configurations du Monde, et de se dire que certains arguments de Célestin peuvent dès lors être repensés comme lui-même avait pensé avec beaucoup de pertinence la réalité du monde dans lequel il a gravité. C’est la raison pour laquelle si ce colloque rend hommage au grand penseur, il tentera aussi de dépasser les valeurs qu’il a édictées tout au long de sa vie riche en découvertes. Ainsi la manifestation s’ouvrira-t-elle sur un « après » de la radicalité, sur une image du monde de demain, sa globalisation, ses traverses multiples et l’urgence des communications nouvelles qui incitent à repenser le modèle dans lequel le sonore trouve sa place et continuera de la trouver.

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Et puis, pour ceux qui ne connaissent pas Célestin Deliège, ou ceux, nostalgiques, qui veulent entendre à nouveau sa voix, voici un petit témoignage capté lors d’une conférence qu’il donna au Conservatoire de Liège le 4 décembre 1984 à l’occasion d’une journée Stockhausen que quelques valeureux étudiants, dont votre modeste blogeur, avaient organisé en ces temps mémoriaux. L’occasion d’entendre deux petits extraits issus de cette journée, qui nous rappellent l’érudition du personnage, mais aussi sa causticité et la radicalité de certaines de ses prises de position. Quelques sentences riches d’enseignements, mais aussi prémonitoires….

Voici donc, pour débuter de manière paradoxale, l’épilogue de cette conférence, une critique large des dernières oeuvres de Stockhausen, l’occasion pour Deliège de rebondir sur la responsabilité d’une société à l’égard de ses artistes. Cette prise de position du musicologue est certainement riche d’enseignement sur le personnage et de son humeur ; mais aussi un témoignage émouvant qui j’espère vous interrogera tout autant que moi.

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Conférence Stockhausen / 4 décembre 1984 / Conservatoire Royal de Liège 
Célestin Deliège – extrait 1  (6’19 »)
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Et pour ne pas rester sur une note pessimiste, vous pouvez toujours écouter en guise de second extrait l’introduction de cette conférence sur Stockhausen. Pour information, cet événement  fut enregistré par mes soins avec les moyens frustres de l’époque, sur cassette (ce qui explique la médiocrité du son), un document retrouvé dernièrement dans mes archives. Dans cet Incipit, le discours dépasse à bien des égards le cadre « Stockhausenien ». De plus, comment ne pas résister à  quelques petites anecdotes personnelles savoureuses à propos du compositeur :

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Conférence Stockhausen / 4 décembre 1984 / Conservatoire Royal de Liège 
Célestin Deliège – extrait 2  (11’03 »)
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En guise de point final à cet article, une petite vidéo, une « mise en bouche » afin d’annoncer la thématique abordée lors de la journée du mercredi après-midi de notre colloque : Musique et mondialisation/ globalisation, l’occasion de retrouver deux compositeurs belges mis à l’honneur lors de notre Festival : Fabrizio Cassol et Jean-Pierre Deleuze, artistes partagés entre les visions occidentales et celles de l’Afrique ou de l’Asie.
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~ par ledouxclaude / Ars Musica 2012 sur 22 janvier 2012.

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