Une année nouvelle !!! Rencontre avec Erin Gee

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2012. Voilà, nous y sommes. Dans moins de deux mois débutera un Ars Musica bigarré dont le programme fut concocté lentement, passionnément, euphoriquement, mais aussi parfois avec désespoir et déceptions. Bref, les coups de coeur d’un amoureux de musique dont les éclats multiples ponctueront un mois de mars scintillant, rempli d’événements variés dont la teneur sera définitivement révélée le 31 janvier lors de la conférence de presse de présentation de l’édition 2012.

D’ici là, je profite de cette nouvelle page pour vous souhaiter une excellente année nouvelle. Que 2012 vous apporte son lot de découvertes passionnées et passionnantes. Que ces quatre nouveaux chiffres vous offrent l’élan sacré ; le désir de s’engager dans de nouvelles aventures humaines qui vous permettront d’apprécier le monde qui nous entoure, de jouir de ce pouvoir de l’imaginaire humain déployé pour créer des nouvelles réalités qui permettront à chacun de dépasser la grisaille d’une quotidienneté colorée par des prédictions économiques situées aux antipodes des espoirs rayonnants promulgués par les multiples artistes de notre planète.

Ouvrons nos oreilles. Et pour inaugurer ce mois de Janus, quoi de mieux qu’un de ces coups de coeur mentionnés plus haut ? L’oeuvre d’une compositrice qui m’a littéralement envoûtée, captivée un soir de 2007, par hasard. Une oreille négligemment jetée sur les ondes d’une radio diffusant quelques musiques de notre temps. De ces musiques comme on en entend « à la pelle », en veux-tu en voilà. Et puis, soudain, le « Choc ». L’illumination sensible. Quelque chose de merveilleux qui vous fait dresser les cheveux sur la tête et qui se love au creux de l’oreille pour ne plus jamais vous quitter. La compositrice concernée m’était inconnue, mais j’ai fait des pieds et des mains pour  la contacter et lui manifester mon admiration. Des mots gentils; intelligents et judicieux devaient répondre à mon mail fervent. Ainsi, Erin gee, compositrice américaine, venait-elle de rentrer dans le catalogue de mes compositeurs/trices contemporain(e)s de prédilection. Et sa Mouthpiece IX pour voix et orchestre, ne plus me quitter depuis ces temps bénis.

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Surprenante que la première audition de cette Mouthpiece. Et l’on s’étonne de cette musique organisée autour de l’intimité de la voix, sonorités magnifiques et fragiles à la fois, faites de vocalisations étranges, de bribes de textes dont le sens échappe, de sifflements et de bruits de bouche. Certaines sonorités vocales semblent vouloir nous ramener à l’enfance, d’autres frisent l’incandescence, l’envol d’un papillon iridescent qui frôle l’oreille et vous murmure quelques grésillements sensuels. Comme si Laurie Anderson s’était acoquinée avec un clone discret de Lachenmann pour s’enfuir sur une île paradisiaque avec pour seule compagnie une série de LPs issus de groupes pops expérimentaux.

Mouthpiece IX-extrait

Erin Gee use de sa voix comme personne. Et la compositrice rejoint les rangs de ces compositeurs-interprètes avec pour particularité le fait que son instrument ne corresponde pas aux canons classiques qu’on lui attribue habituellement. Point de voix d’opéra, mais un timbre original, personnel et unique. Guère étonnant qu’elle consacre l’essentiel de ses compositions à sa propre voix à travers une multitude de « Mouthpieces » dont l’esthétique se raffine à chacun des nouveaux avatars. Voyages sonores imaginaires, ces pièces dévoilent un pan de leur originalité lorsque la compositrice nous avoue tirer son inspiration d’éléments extrêmement diversifiés et témoignant de son immense culture : de ses expériences de vie personnelles,  des respirations du langage, des sonorités  védiques et des musiques non-occidentales – particulièrement africaines – mais aussi des expériences pops (Cocteau Twins).

Avec humour, elle relie son langage musical aux sonorités de la « Commedia dell’arte », forme satyrique du 16e siècle, qui n’hésitait pas à importer de nombreuses onomatopées et du langage mimétique. Elle va même plus loin lorsqu’elle qualifie son esthétique du terme de « grammelot ». Pour information,ce grammelot provient de la littérature médiévale et fait référence à  « une modalité autre du rapport entre la voix et le geste […] un refus du discours avec des mots précis et définis, le grammelot est accentuation mais non rupture au sein du dire […] Son utilisation est de l’ordre de la modulation et non de l’altérité linguistique.[…] Chaque auditeur remplira ces sons des contenus les plus proches de son expérience et de sa culture. L’essentiel est que le message soit entendu. »

(Denis Ferraris, Marina Marietti (Directeurs de publication) Modèles médiévaux, Presse Sorbonne Nouvelle, 2004)

Pour situer la compositrice, rappelons qu’elle est venue, début des années 2000, en Europe après avoir terminé des études de piano  (!!) et de composition aux États-Unis. Elle s’est établie durant six ans en Allemagne et en Autriche, pays où elle découvrit ses potentialités vocales et se perfectionna auprès de Beat Furrer, Matthias Spahlinger, Chaya Czernowin, Steve Takasugi et Richard Barrett. En 2007 elle obtenait un Doctorat de l’Université des Arts de Graz. Lauréate de nombreux prix,  elle fut compositrice en résidence à l’Académie Américaine de Rome, à l’Akiyoshidai International Village au Japon en 2005-6, ou encore à l’Akademie Schloss Solitude de Stuttgart en 2010. Son opéra Sleep fut créé à l’Opéra de Zurich en 2009.

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Sleep - Opéra de Zurich

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Mais plutôt que de me perdre en dithyrambes vaines, je vous propose de faire votre opinion personnelle à propos ce cette compositrice. Pour vous y aider, j’ai fait un petit montage à partir d’une émission qui fut diffusée sur internet par la radio américaine « The voice of Fairfield », que j’avais enregistrée à l’époque. La qualité sonore n’est pas des meilleures, mais vous pourrez découvrir les moments phares de cette émission en cliquant le lien ci-dessous. Seul bémol pour certains, les interviews sont en anglais… Mais pour ceux qui ne comprennent pas cette langue, il reste la musique, prédominante dans l’enregistrement proposé :

The Classical Hour – 15 juin 2007 – Erin Gee – 16’30 »

Présentation James Moore

contenu :

(00:00 – 06:50) – Mouthpiece IX – 2006 (extrait, 6’50 »)

(06:50 – 08:40) – Interview 1 (1’50 »)

(08:40 – 10:30) – Mouthpiece pour voix solo (extrait, 1’50 »)

(10:30 – 11:22 ) – Interview 2 (52″)

(11:22 – 12:03) – Mouthpiece VII (extrait 41″)

(12:03 – 14:42) – interview 3 (2’39 »)

(14:42 – 16:30) – Mouthpiece pour voix solo (extrait, 1’48 »)

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Alors, convaincus ? Si oui, Venez nombreux au concert d’ouverture de la session Bruxelloise du festival. Et c’est encore Le Balcon qui est dans le point de mire. Cet ensemble met les bouchées doubles pour nous offrir un très très grand moment de musique. Maintenant vous connaissez le programme complet de ce concert du 8 mars 2012 qui risque de rester gravé longtemps dans nos mémoires de festivaliers. Pensez-donc :

Erin Gee : Mouthpiece XII /  Segment of the 3rd Letter  

Ledoux : La Terre sans mal

– Pause –

Romitelli : l’intégrale des 3 « Professor Bad Trip« 

D’ors et déjà, bonne écoute et excellentes découvertes.

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~ par ledouxclaude / Ars Musica 2012 sur 12 janvier 2012.

3 Réponses to “Une année nouvelle !!! Rencontre avec Erin Gee”

  1. Dear Mr. Ledoux, thank you for your blog and Happy New Year too!

    I had the same sensation with your music since your Orients Cd, and once I read and finally, heard some minutes (cruel 😉 by your side, not for the quality of sound but because it is not complete) of the amazing and extraordinary La terre sans mal, I’m seriously considering to go to Brussels from Barcelona on 08.03.12, being also a big Romitelli’s fan, and from today of Mrs. Gee’s.

    If so, I would also try to meet Mr. Bosse, who already knows my love for his music too. By the way, I have dedicated a thread to him and to you in a Spanish music forum:

    http://clasiforonuevo.superforos.com/viewtopic.php?t=3402

    Best regards from Barcelona!

  2. « Erin Gee use de sa voix comme personne »
    iam not so sure….
    it’s a nice point of view, indeed, but Erin take and pick-up a lot in others less accepted musical-forms, area and peoples, from the independant électro-acoustics mouvements,
    AGF…..(first album)
    Joan la Barbara and Feldman (60’s & 70’s) three voices, for exemple,
    Bussoti…
    Ikeda,
    Tellemake,
    Oval,
    Scelsi,
    and many others…
    the Voices-processing ‘s idea of Erin are nice, but relax….we know this from a long time now.

    Romitteli strongest last survivor of our times !
    Very nice program from Ars Musica, Bravissimo and congratulations !
    (and the Ensemble « Le Balcon » is very good)

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