Kasakhstan, Mexique, Hongrie, Japon et… les Amis d’Ars Musica

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Les dés sont jetés, Ars Musica 2012 est d’ors et déjà « sur les rails ». Avec une présentation au Wiels– ancienne brasserie devenue merveilleux musée investi dans l’art contemporain – ce jeudi 1er mars, du programme complet aux « amis du Festival ».

Jean-Pierre Hoa © Brigitte Peers

Il faut bien avouer que ses membres – à commencer par leur président, Jean-Pierre Hoa, fidèle arpenteur des concerts du festival –  qui apportent leur soutien à la réalisation du Festival depuis tant d’années, méritent largement qu’on leur offre la primeur de l’information. Concernant ces « amis », vous pouvez cliquer ICI pour vous faire une petite idée de cette association bienveillante. Du reste, rassurez-vous, le grand public sera bientôt informé du contenu de ces événements de mars prochain, qui, j’en suis certain, vous raviront. Encore un petit peu de patience… Et profitez de ce blog pour découvrir ici et là de nouveaux indices…

Revenons donc à ce premier jeudi de décembre. Le temps fut aux discours prometteurs, celui aussi de la présentation du nouveau Directeur Général, Tarquin Billiet (pour ma plus grande joie car je connais l’homme depuis de nombreuses années et j’admire non seulement ses qualités multiples, mais aussi son amour et sa passion pour toutes les formes artistiques…. « Le » DG idéal selon moi – Allez, je vais arrêter avant de le faire rougir !!!) ;

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Tarquin Billiet © Brigitte Peers

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Et puis, bien évidemment, le discours de présentation du programme par votre vénéré serviteur. Pour l’occasion, mes propos furent encadrés par de surprenants moments musicaux présentés par un jeune musicien, Askar Ishangaliyev, jeune violoncelliste kazakh de vingt cinq ans, membre de l’ensemble Le Balcon (dont nous reparlerons prochainement), qui n’a pas ménagé ses efforts pour nous présenter un programme exigeant, sans concession, avec deux créations de jeunes compositeurs qui m’avaient promis d’écrire une nouvelle oeuvre pour l’occasion. Finalement, ce « concert » transpirait inéluctablement des désirs que je transposerai dans le Festival Ars Musica 2012. Non pas tant en lorgnant du côté esthétique du programme de cette soirée, mais en exhalant plutôt un contenu idéologique qui ramenait dès lors au thème d’Ars Musica 2012 : Altra Cosa.

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« D’autre Causes » à défendre. En gros, le désir de sortir à certains moments la musique de la salle de concert (avec parfois de « drôles » de croisements expérimentaux entre les sons musicaux et les bruits de la ville comme ce fut le cas ce jeudi au Wiels). Mais aussi celui de laisser une place belle aux jeunes et de se dire qu’un tel Festival digne de ce nom se doit de prendre des risques. Programmer des compositeurs reconnus, c’est évidemment s’offrir de beaux moments de musique avec une absolue certitude. Ainsi, en vous proposant la nouvelle création lyrique de Hosokawa dans le cadre de journées japonaises les 17 et 18 mars, Et Lux de Rihm, Murail à la Monnaie, Boulez à Bozar, Mantovani par les Danel ou à l’Orchestre Philharmonique de Liège, et que sais-je encore, je peux dormir sur mes deux oreilles. Je suis d’ors et déjà assuré que la qualité et l’émerveillement seront au rendez-vous. Mais, outre ces grands noms de la scène contemporaine, j’aime aussi la surprise lorsqu’elle vient des jeunes générations, celles-là mêmes qui vibrent de façon urgente, viscérale, insoumise, aux problématiques du monde d’aujourd’hui. Oui le risque est grand ! Car si je connais la musique de ces jeunes compositeurs de moins de trente ans, nombreux à être programmés pour 2012, je n’ai aucune idée de ce qui va réellement sortir de leur plume. L’enjeu est d’autant plus excitant… Oui, il y a toujours le risque d’être déçu, de s’ennuyer, mais aussi d’être ébloui par une pensée originale, un son jamais entendu ; et pour cela, ce risque mérite d’être posé.

La prestation d’Ishangaliyev répondait à cet élan vers l’« autre » avec lequel nous formerons le monde de demain. Car impossible d’échapper à cette position à la fois difficile et jouissive du mélomane placé au cœur même des migrations démultipliées de notre époque. Pour preuve, au programme, deux classiques : Kottos de Xenakis, tellurique et infaillible, brillamment défendu par un jeune violoncelliste, tout en introspection, qui respectait les moindres recoins de la partition ; En opposition à la violence de celui qui fut un des professeurs admirés durant mes années parisiennes des années 80, résonnaient derrières les vitres du Wiels les Two Poems to Polly, pour un instrumentiste récitant, de Peter Eotvos. Un écho au dernier festival. Superbe et sombre mélopée – comme seuls les compositeurs des pays de l’Est savent les écrire (cette impossible sentimentalité slave, comme me disait récemment Peter) – au-dessus de laquelle s’évanouissait un texte récité, issu de la poésie japonaise du XIe siècle :

Quand la cloche du temple sonne

Et me dit que l’aube et la fin de ma veille arrivaient enfin

Je me sentis comme si j’avais passé cent nuits d’automne.

Pourquoi attendre que le cloche du temple sonne

Un jour qui a fait tant de mal à tous nos espoirs ?

Tu avais promis de revenir.

Combien de temps dois-je encore attendre que tu tiennes ta promesse ?

Le printemps n’a pas oublié l’arbre

Dont les branches étaient jadis blanches de givre.

N’abandonne pas ton attente !

Quelqu’un que l’on n’attendait pas et qui n’a rien promis

Bientôt visitera, je l’entends, la branche qui pend du prunier.

(Lady Sarashina – © traduction française de Guy Laffaille, 2009)

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Peter Eötvös : Two Poems for Polly – A. Ishangaliyev, violoncelliste-récitant  (enregistrement du concert)

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Musique des « ailleurs », en attente des promesses pour un printemps à venir. Tout un programme auquel répondait l’arbre d’avril (Arbol de Abril)  du compositeur Mexican Antonio Juan Marcos, présent pour l’occasion. Création qui nous offrait de multiples méandres subtils empruntant aux esthétiques les plus diverses, un voyage sans tabou tel que notre siècle nouveau peut nous en proposer.

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Antonio Juan-Marcos et Askar Ishangaliyev

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Quant à l’autre création, elle nous a surpris… Elle m’a surpris ! Outlines of tangible…  du compositeur Kasakh Sanzhar Baiterekov (un étudiant de Dimitri Kourlianski au Conservatoire de Moscou) nous parla, étrange, de cette langue bruiteuse où le corps du musicien devient instrument et l’instrument machine percussive. Déplacement des centres de gravité inouïs. L’oeuvre a probablement agacé certains, surpris d’autres mais ne pouvait pas laisser indifférent par ses références chamaniques évidentes, ces sons rauques de voix ou ces claquements de dents alliés aux sonorités minimales issues de l’instrument. Un monde personnel qui a incité bon nombre de personnes à se lever pour comprendre ce qui se passait et à tenter de saisir des yeux l’un ou l’autre mouvement magique inhérent aux modes de production instrumentaux de l’oeuvre. Ballet étrange du public. Témoignage aussi d’une originalité qui ne peut laisser indifférente quelque soit ses aboutissements. Pour preuve, un grand extrait de cette pièce de Baiterekov – même si elle mérite aussi d’être vue -, là où l’enregistrement  réalisé rendait un peu justice à la partition du compositeur.

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Sanzhar Baiterekov : Outlines of tangible… (extrait) – A. Ishangaliyev, violoncelle  (enregistrement du concert)

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Une soirée originale donc pour saluer ces préliminaires musicaux qui agirent comme autant d’indices aux événements à venir. Dès lors, un tout grand merci à tous les acteurs qui ont oeuvré à la tenue d’une telle manifestation.

Et merci aussi à toi, Askar, pour ce beau programme et ta proposition d’y inclure quelques unes de mes études pour violoncelle, ce qui m’a fait extrêmement plaisir, même si ces petites pièces sans grande prétention datent maintenant de pas mal d’années.

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~ par ledouxclaude / Ars Musica 2012 sur 3 décembre 2011.

Une Réponse to “Kasakhstan, Mexique, Hongrie, Japon et… les Amis d’Ars Musica”

  1. j’tadore

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