indice troisième : électrique (1)

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Dans un précédent blog, je vous parlais d’un de mes chocs d’adolescent. Bon, j’assume ; tant que j’y suis pourquoi ne pas poursuivre dans la lignée et faire frémir les grands adulescents en puissance qui se cachent derrière bon nombre de passionnés des Arts… et qui se retrouveront peut-être dans les paragraphes suivants.

Pour bien débuter, comment garder encore secret ces moments de musique qui clamaient la révolte et les désirs d’anarchies,  la fascination pour les « gros sons » qui nous permettaient de sortir de notre anonymat à une époque ou la subversion du monde semblait être la seule issue ? A vrai dire, nous ne savions pas toujours exactement contre quoi nous devions lutter, mais nous luttions… d’abord pour exprimer notre identité. « Un », oui, mais avec les autres ; Pensez donc ! On osait tout. Jusqu’à interrompre les cours pour organiser un sit-in en pleine rue pour manifester notre solidarité à l’égard des peuples opprimés par les dictatures que l’on pouvait encore connaître en Europe : Grèce, Portugal, surtout l’Espagne. Il faut avouer que ces horreurs s’ajoutaient aux photos largement diffusées, issues en droite ligne de la guerre du Vietnam. Nous pouvions à peine les soutenir du regard. Comment était-il possible de rester indifférent à ces drames humains ?

Heureusement, il y avait ces moments de légéreté paradoxale où l’on pouvait d’abord vibrer naïvement à la vision de Livingstone planant sur la magnifique musique de Neil Diamond…

« A ce Jonathan le Goéland qui sommeille en chacun de nous »

Le temps d’un film aux grands espaces, qui nous offrait une bouffée de confiance en l’originalité de notre être, qui nous donnait envie de croire en notre génération. Et quelques minutes plus tard, sortis du rêve, nous n’hésitions pas à nous défoncer les oreilles à coup de riffs à lézarder les murs, les uns dans une cave, les autres dans un grenier avant de se retrouver réunis dans le local du Lycée ; Et comme si cela ne suffisait pas, on changeait de monde comme l’on changeait de chemise. Pour ma part, vite back home pour tâter des sonorités délicates et fascinantes d’un Debussy pour rééquilibrer mes tympans et retrouver un contact avec d’autres émotions plus intimes ! J’avais seize ans, l’âge de toutes les conneries, de la découverte sensible et de tous les possibles.

© http://www.memoclic.com

L’anticonformisme en était le corollaire. Le Rock et la guitare électrique, nos héros. A l’instar de Jimmy Hendrix dont le LP reprenant l’enregistrement de Woodstock 69, criblé de griffes, circulait sans cesse sous les bancs. Époque folle où son Star Spangled Banner déchirait d’étonnement nos oreilles. L’un des grandes expériences sonores d’une vie d’artiste.

L’interprétation de l’hymne américain par le guitariste, véritable Guernica musical est le point d’orgue du festival. Plus proche ici du free jazz que de la musique rock, son approche de la guitare y est totalement révolutionnaire. Hendrix devient le premier sculpteur de l’histoire de la musique, taillant littéralement dans le bloc sonore. D’autres guitaristes avaient utilisé le vibrato ou le feed back (comme Jeff Beck au sein des Yardbirds) avant lui. Mais il est le premier à avoir construit un langage inédit reprenant toutes ces techniques comme vocabulaire. Le passage central montre une vision musicale allant largement au-delà de genres établis comme le blues ou le rock : cris, bombes, Hendrix plonge avec sa musique dans l’univers de ses contemporains. Sa maîtrise du feedback sur les ultimes notes montre sa capacité à travailler en temps réel sur le son. Avec Star Spangled Banner, Hendrix cristallise toute l’ambiguïté de l’intervention militaire des Etats-Unis au Vietnam. (source : wikipedia)

 

La guitare électrique, elle ne nous laissait pas tranquille. Un autre grand trouble-fête était de la partie. Zappa et ses embrouilles esthétiques, ses textes sulfureux (il n’a pas attendu Lady Gaga pour clamer son Born this way !). Ses frasques et ses tirades :

L’esprit c’est comme un parachute: s’il reste fermé, on s’écrase.

Zappa et sa manière folle de manier son manche, d’imaginer de nouvelles articulations, des jeux de filtrages incroyables pour l’époque. Quel feu d’artifice de timbres ! Et dans une direction toute différente de Hendrix. L’un de ses guitaristes attitrés, Steve Vai, reprendra d’ailleurs le flambeau avec brio.. (n’oubliez pas ce nom !!!) Mais pour revenir à Zappa, je ne peux m’empêcher de vous inciter à écouter Ship Ahoy, extrait de son album « Shut Up ‘n Play Yer Guitar »,  petite merveille purement instrumentale. Et quel groove !

Oh j’oubliais, Zappa, c’est encore cet infatigable curieux qui m’a fait découvrir Varèse. Car, aussi inimaginable que cela puisse être, le grand iconoclaste pop-rock était fan de ce pourvoyeur de musique contemporaine la plus audacieuse. je vous en parlerai un autre jour…

Bref, à la lumière de ces quelques aveux, vous comprendrez aisément que Ars Musica 2012 placera sous ses projecteurs ces fabuleux instruments porteurs de nouveautés encore insoupçonnées. Lorsque je suis entré au Conservatoire, fin des années septantes, j’ai entendu ce que les compositeurs d’avant-garde (ce mot voulait encore dire quelque chose à cette époque, mais c’en est heureusement fini aujourd’hui !) faisaient de cet instrument. On ne pouvait pas vraiment dire que les aficionados de la série généralisée avaient fait fort dans le domaine… Hendrix me paraissait mille fois plus audacieux. Heureusement le XXIe siècle a définitivement tourné le dos à ces pratiques mitigées et tire aujour’d’hui d’audacieuse innovations des tripes mêmes de l’instrument. L’artisanat de son écriture devient enfin Art. Et je n’ai plus honte de dire que j’aime la musique contemporaine pour guitare électrique quand j’entends ce que mes confrères font aujourd’hui avec cet instrument. Pour preuve, ouvrez vos oreilles aux musiques du regretté Fausto Romitelli (voir ci-dessous), de Tristan Murail, de notre remarquable compatriote Stefan Prins (écoutez donc son Fremdkörper I, pour flute/piccolo amplifiée,  guitare électrique, percussion, violoncelle, 4-channel tape & live-electronics / 2008)… et je ne peux pas tous les citer, hélas, sans risquer la liste exhaustive et ennuyeuse de compositeurs.

Alors Ars Musica 2012 ? De la guitare éléctrique à toutes les sauces, en solo, au sein d’ensemble ou encore avec orchestre. Attachez vos ceintures, cela risque de vous étonner.

Fausto Romitelli – « Trash TV Trance » / Yaron Deutsch

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~ par ledouxclaude / Ars Musica 2012 sur 31 mai 2011.

Une Réponse to “indice troisième : électrique (1)”

  1. *

    http://tellemake.blogspot.com/

    good romitelli, GOOD, because FREE, really free…

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